Lettres d'amour

Cher « Saint-Eutrope »…

11 juillet 2022
Illustration par Jason Hoffman pour Z

Un bistrot français tenu par un chef britannique ? Oui, mais surtout l’un des meilleurs repas de ces dernières années selon notre critique gastronomique.

Pardon de te flatter aussi vite, mais tu es un restaurant important. En fait, tu es même une raison à toi seul de visiter Clermont-Ferrand. Ce n’est pas rien. Le fondateur du Guide du Fooding m’avait pourtant prévenu que tu étais son restaurant préféré. Je préfère toujours voir que croire. Et j’ai vu. D’abord le plateau de charcuterie entièrement fait maison, différent de ce qui se fait ailleurs avec ce gras de viande blanc, inoubliable, qui se dépose sur la langue comme s’il s’agissait d’un beurre au thym. Je me suis pincé de bonheur en goûtant l’ajoblanco (soupe froide espagnole à base d’amande, de mie de pain, d’ail et d’huile d’olive) et ses palourdes, huit euros seulement pour une entrée foudroyante de finesse.

Bol pimenté avec canard croustillant et melon

Le niveau n’est pas redescendu avec le bol pimenté de canard croustillant et ses cubes de melon. Malgré le feu en bouche, tout marchait, tout était à sa place : un petit paysage comestible. Est arrivé par la suite un plat que je n’avais pas commandé, mais qui m’a rendu heureux : des pâtes fraîches surmontées de foies de viande « bovine » dixit le serveur. J’aurais pu en avaler un saladier entier.

Pâtes aux foies

Et ces desserts bon Dieu ! Une pêche cuite parfaitement ronde, une vraie balle de tennis comestible, toute ronde, toute mignonne et sa glace à la verveine ; des fraises glace vigneronne ; un baba bouchon modèle et puis, une part de tarte à l’abricot à la pâte démoniaquement friable, qui en appelait une seconde (de part).

Tarte aux abricots et quenelle de crème épaisse

J’ai mis près de 7 h à rejoindre Marseille en train, mais j’ai déjà envie de retourner chez toi, pour vivre une nouvelle fois ce lieu avec les gens que j’aime (j’étais en séminaire si tu veux tout savoir). On parle beaucoup des toques japonaises qui ont élevé à un niveau olympique la cuisine française gastronomique : voilà donc un chef britannique, Harry Lester, qui « masterise » la cuisine française de bistrot, celle qu’on aime encore plus que le reste. L’une de tes serveuses a dit que le Saint-Eutrope allait déménager dans un an (au Fonds régional d’art contemporain de Clermont-Ferrand) : il reste donc 365 jours pour te retrouver et cultiver ce premier souvenir impérissable. 

À (très) bientôt cher « Saint-Eutrope ».

Le Saint-Eutrope – 4, rue Saint-Eutrope, 63000 Clermont-Ferrand – 04 73 34 30 4132 – Page Instagram – Assiettes à partager 8 à 18 €, desserts 8-12 €

Rédacteur en chef Z
Ezéchiel Zérah a dirigé par le passé les pages gastronomie de L'Express mais il est surtout fier d'avoir écumé les 52 camions pizza de Marseille. Quand il n'est pas en train de se demander ce qu'il mange dans les rues de l'Iran ou du Pakistan, ce fan de statistiques culinaires sillonne les grands restaurants de l'Hexagone (20 trois étoiles Michelin, 31 deux étoiles).