10 restos végétariens recommandés par une carnivore

illustration par Lauren Hall

Le Paris végétarien et vegan ? Après y avoir consacré un guide complet, Alcyone Wemaëre connaît par cœur. Parue il y a déjà dix ans, cette petite bible vient d’être enrichie de bons plans et rééditée. Pour l’occasion, l’autrice partage avec Z dix adresses où emmener végétariens, vegans, mais aussi (et surtout) omnivores et viandards.

« Un heureux mélange de hasards. » Plus que d’un rêve d’enfant, d’un militantisme écologique ou d’une envie de défendre la cause animale, c’est de cela qu’est né le guide du Paris végétarien et vegan (Parigramme) d’Alcyone Wemaëre. Quand, alors journaliste spécialisée en politique internationale, elle découvre les éditions Parigramme qui publient toutes sortes de guides sur Paris, elle s’empresse de contacter l’éditrice, avec l’idée bien arrêtée d’en écrire un sur la nourriture, un sujet qu’elle « aime beaucoup ». Vraiment beaucoup : tous les deux ou trois mois, pendant dix ans, elle et deux de ses amies ont organisé des dîners gastronomiques. « On cuisinait chacune notre tour, toute la journée, un peu comme dans l’émission Un Dîner Presque Parfait. On avait chacune nos sensibilités : moi j’aimais bien reprendre des recettes d’Ottolenghi (ndlr, le médiatisé chef anglo-israélien spécialisé dans la cuisine levantine et à dominante végétarienne), la deuxième était plus branchée fromages et la dernière cuisinait beaucoup la viande. » L’angle du végétarisme – alors précurseur (pour rappel, nous sommes en 2012) – naîtra très vite de l’envie d’accompagner et encourager des comportements alimentaires de plus en plus vertueux. Le pari d’Alcyone ? Dénicher les adresses végé qui mettent tout le monde d’accord. Y compris les carnivores.

« Les meilleurs restos… et autres bonnes adresses »

Quand on l’interroge sur la vocation de son guide, Alcyone Wemaëre insiste : « Mon intérêt est purement gastronomique. » D’ailleurs, ni vegan, ni végétarienne, elle se défend de tout militantisme. Si elle est parfaitement au fait des enjeux environnementaux et sanitaires qui se jouent autour de la question de l’alimentation, elle préfère les laisser à d’autres, comme Suzanne Hobbs, la diététicienne avec laquelle elle a coécrit le livre Être végétarien pour les nuls (2015) : « Elle est une vraie militante vegan et surtout, elle a de réelles connaissances scientifiques. Pour ces raisons, j’ai préféré lui laisser le soin de traiter ces questions-là. » D’autant qu’Alcyone a deux autres casquettes. Autrefois journaliste pour les rubriques Politique internationale, société et santé d’Europe 1 et de France 24 notamment, elle fait désormais partie du Réseau international de journalisme d’investigation (Global Investigative Journalism Network), une association dont le but (non-lucratif) est de promouvoir le journalisme d’investigation. Parallèlement, elle enseigne aux étudiants du master de journalisme cocréé par Sciences Po Lyon et le CFJ (Centre de Formation des Journalistes). « Le journalisme a toujours été l’occasion pour moi de mener plusieurs projets de front. Le végétarisme, cest une spécialité que jai développée à part. Je n’ai pas envie de m’y enfermer. De temps en temps, cest bien de se renouveler et de changer dunivers », explique-t-elle.

« Manger dans un resto vegan, juste parce que c’est bon »

Dès qu’elle le peut, Alcyone Wemaëre traverse la diagonale du vide – elle habite aujourd’hui à Lyon – pour atteindre le Paris végé-vegan qu’elle connaît si bien. « Cette thématique, je la suis depuis dix ans et je la réactualise tous les deux ans environ. Ce monde végétarien et vegan, je l’ai vu évoluer. Quand la première édition est parue, personne n’avait jamais entendu parler du véganisme, par exemple. Maintenant, il est très répandu. » À l’époque, il y avait si peu d’adresses végétariennes qu’il fallait ratisser large et même répertorier les restaurants « veggie friendly » (comprenez les établissements qui proposent un ou deux plats végétariens). Dix ans plus tard, il y en a tant qu’il faut trier. Et pour cela, elle n’a comme critère que le goût. L’autrice se souvient avoir contacté Sébastien Kardinal, auteur et consultant culinaire vegan, alors qu’elle préparait son premier guide : « J’étais un peu gênée de n’être ni végétarienne ni vegan, parce que c’est quelqu’un d’important dans la communauté vegan. Il m’a dit qu’au contraire, l’idéal serait qu’un jour, n’importe qui aille dans un restaurant vegan juste parce que c’est bon. » Selon elle, cet idéal est quasiment atteint. Beaucoup ne se posent même plus la question, d’autant que les établissements ne mettent pas souvent en avant le fait qu’ils proposent une cuisine vegan – « même à Paris, ce mot peut faire encore peur », déplore-t-elle. À ce sujet, Alcyone nous confie une anecdote : « Les fondateurs des Tontons Veg [ndlr : un restaurant de burgers dans le 11e arrondissement] m’ont raconté qu’une cliente venait régulièrement manger un burger chez eux, et que c’est seulement au bout de deux mois qu’elle s’est rendue compte qu’il ne contenait pas de viande. » Des adresses qui, comme celle-ci, convertissent un non-végétarien, elle en connaît une pléthore. Voici pour Z, les 10 qui l’ont le plus marquée.

Carnet d’adresses par Alcyone Wemaëre

Toutofu

« C’est un restaurant-boutique chinois, aussi appelé “atelier de soja”, où ils font leur tofu eux-mêmes et sans conservateur. La graine de soja utilisée est produite en France. Les adresses asiatiques sont souvent un repaire pour les végétariens. J’y ai dégusté une délicieuse soupe de raviolis aux légumes et au tofu. On retrouve le tofu dans tous les plats ! Ils font aussi des boissons comme du lait de soja aux haricots rouges. Le tofu est un aliment qui n’a pas forcément la côte, mais je pense que lorsqu’on le connaît, on finit par apprécier. C’est une adresse assez pointue, mais qui peut faire tomber des a priori. Dans cette petite cantine chinoise, les prix sont assez doux. »

Toutofu – 11, rue Moret, 75011 Paris – 01 83 96 53 61 – Site internet

Saravanaa Bhavan

« Ce restaurant indien, près de la gare du Nord, est une super adresse dépaysante. C’est une chaîne lancée dans les années 1980 en Inde. Lorsqu’on a un train à prendre dans le coin, c’est l’idéal. Les restaurants indiens ont toujours été des adresses refuges pour les végétariens et véganes. Contrairement à ce que l’on croit, 100 % de la population indienne n’est pas végétarienne, mais seulement 20 %. Dans la salle, il y a toujours beaucoup de personnes d’origine indienne, c’est bon signe concernant l’authenticité de l’adresse. C’est amusant de voir de jeunes enfants manger des plats très épicés. Leur thali (ndlr, repas indien composé d’un assortiment de petits plats servis sur un plateau en inox composé de légumes, de dals, de chutneys) se déguste avec le dosa, une crêpe fine et croustillante, à base de farine de riz et de lentilles, qu’on ne trouve pas dans tous les restaurants indiens. Mais il y a aussi des pains à la farine de blé comme le chapati (galette fine), le parotta (pain plat) ou encore le poori (galette frite). Les petits plats du thali étant assez épicés, prenez un lassi à la manguepour calmer le feu dans la bouche, . D’ailleurs, dans ce restaurant j’ai appris que lorsqu’on mange épicé, il vaut mieux viser le fond de la langue car tous les capteurs des épices et piments sont à la pointe de la langue. »

Saravanaa Bhavan – 170, rue du Faubourg Saint-Denis, 75010 Paris – 01 40 05 01 01 – Plats 10,50-11,50 €, thali 11-16 €, dosa 6-10 €

Soya

« Cette adresse a ouvert il y a un moment mais elle est toujours là, signe qu’elle plaît. Dans cette ancien atelier de robinetterie, la décoration est plutôt de style industriel. Toute la cuisine est vegan et la majorité sans gluten. La fondatrice Christel Dhuit s’est convertie au véganisme en Nouvelle-Zélande. Dans son restaurant, elle propose une cuisine vegan novatrice, pleine d’influences culinaires étrangères. A la carte, il y a du houmous, des makis, des lasagnes, du couscous ou encore du curry masala. Les cuisiniers sont très créatifs ! Leur brunch du dimanche donne la possibilité de picorer dans toute leur offre de plats. Dans ce buffet à volonté, il y a plein de couleurs, de textures, de saveurs. Les desserts sont en petite portion, mais au moins on peut goûter à tout. J’ai beaucoup aimé leur gâteau chocolat-amande sans gluten. Je trouve que la pâtisserie sans gluten permet de faire preuve d’inventivité. J’ai fait découvrir ce brunch à de nombreuses personnes qui les a convaincus que la nourriture vegan est pleine de goûts. »

Soya – 20, rue de la Pierre Levée, 75011 Paris – 01 48 06 33 02 – Site internet – A la carte 30-43 €, brunch 35

Réserver

VG Pâtisserie

« Dans cette pâtisserie-salon de thé, les classiques français sont revisités avec inventivité dans leur version entièrement vegan (et parfois sans gluten) : croissants, pains au chocolat, tartes tatin, paris-brest, éclairs au chocolat… Mais il y a aussi des recettes plus originales comme un croissant orange-chocolat par exemple. J’aime beaucoup leur tarte citron meringuée. Devant la boutique, il y a souvent la queue. Je ne suis pas sûre que les clients comprennent immédiatement que tout est vegan, on dirait une pâtisserie classique au premier abord. Bérénice, la fondatrice est une ancienne ingénieure reconvertie dans la pâtisserie vegan, car intolérante aux produits laitiers. Les établissements de ce type naissent souvent d’une passion, mais aussi d’une contrainte. Ici, revoir tous les ingrédients et en trouver de nouveaux pour remplacer les produits laitiers et les œufs. Comme l’alimentation vegan a renouvelé la cuisine, elle renouvelle la pâtisserie. Depuis quelque temps, j’ai senti beaucoup de progrès dans ce domaine. C’est devenu une véritable tendance. Généralement, les avancés commencent ainsi, puis les grands chefs s’y mettent, il y a un effet papillon. »

VG Pâtisserie – 123, boulevard Voltaire, 75011 Paris  – 09 67 80 13 42  – Site internet

Itadakizen

« Près des Buttes Chaumont, on a l’impression d’aller au Japon le temps d’un moment. En poussant la porte, on découvre un minuscule restaurant, entièrement vegan. C’est une sorte d’izakaya (ndlr, l’équivalent du bistrot français ou du bar à manger au Japon). La cuisine est ouverte et depuis le comptoir et on peut regarder la cheffe cuisine des bentos très fins composés de riz, de tofu et de pleins de légumes cuisinés ou de jolis sushis végétaux. Puis on peut terminer le repas avec une pannacotta au thé vert ou au sésame noir. Le tout arrosé de saké ou de liqueur au yuzu. On imagine toujours les restaurants vegan ne proposent que du thé vert, mais il peut aussi y avoir un côté festif. J’adore cette adresse, c’est toujours une belle expérience. »

Itadakizen – 12, rue Pradier, 75019 Paris – 01 42 85 15 40 – Bentos 14 €, sushis 8-12 €

Sol Semilla

« Ce restaurant-boutique est le spécialiste des super-aliments (ndlr, produit alimentaire très riche en nutriments, en antioxydants et en vitamines), tels que les baies de goji, l’acérola, la spiruline ou les graines de chia. Nombre de ces aliments viennent d’Amérique du Sud. Je crois qu’e le chef Alain Ducasse a eu un coup de cœur pour ce restaurant. Il a une sensibilité pour la cuisine végétarienne, car sa femme a adopté cette alimentation. Dans le restaurant Sol Semilla, il y a un côté expérimental comme cette boisson “Bleu comme toi” à base d’algue klamath, cardamome et menthe. Dans les assiettes, tout est végane et sans gluten : caviar de noix, crudités, légumes de saison, céréales et légumineuses. Je me souviens du délice de cacao cru en dessert aux pures saveurs de chocolat. Je trouve que ce restaurant est une expérience pour les non habitués à ce genre de cuisine. »

Sol Semilla – 23, rue des Vinaigriers, 75010 Paris – 01 42 01 03 44 – Site internet – Menu assiette du jour 23,50 €, menu tout cru 21 €, menu soupe complète 19 €

Réserver

Les Tontons Veg

« Une adresse de burges vegan près de République dans laquelle une cliente est venue plusieurs semaines d’affillée avant de réaliser que les burgers ne contenaient pas de viande. Les deux fondateurs Amir et Vincent, eux-mêmes vegan, ont lancé leur concept en 2020. On y déguste des burgers cuisinés garnies de légumes confits ou marinés et généreux en sauces comme la mayonnaise au pistou ou celle du cheeseburger, tenue secrète. J’ai goûté un très bon burger à la libanaise avec un steack de falafel, du chou rouge au sumac et une sauce au yaourt. Certains ont des influences coréennes comme celui au kimchi et à la mayonnaise gochujang (ndlr, pâte de piment coréenne). » 

Les Tontons Veg – 9, rue de Lancry, 75010 Paris – 01 40 38 98 41 – Site internet – Burgers 11-15 €

Grounded

« C’est un coffee-shop vegan idéal pour le petit-déjeuner, le goûter ou pour déjeuner sur le pouce. Ils ne mettent pas vraiment en avant le fait que tout est vegan, laissant leurs clients le découvrir. Les cappuccinos, mokas et chaï latte sont super bons. On peut les escorter de babkas, cinnamon roll, scones ou tartelettes aux fruits de saison. Le midi, il y a des toasts comme celui à la ricotta d’amande, chutney et fruits et légumes de saison. Ce café est en quelque sorte, l’anti Starbucks. »

Grounded – 101, rue de Charonne, 75011 Paris – 06 84 44 63 53 – Instagram – Toasts 9,50-12 €

Happiz Monge

« Les pizzerias ont toujours été des lieux où il était possible de s’arranger pour manger végétarien lorsque leurs versions spécialisées n’existaient pas. Cette adresse est 100% végétarienne avec des options vegan et sans gluten. Sur les pizzas, beaucoup de légumes, mais aussi de fausses charcuteries vegan. La mozzarella peut être choisie végétale, en option. J’avais pris la pizza margarita en version vegan, car les classiques avec très peu d’éléments sont le meilleur moyen de savoir si la pizza est bonne. En dessert, ils font une pizza sucrée à la pâte à tartiner et aux bananes, il faut juste avoir encore faim. La terrasse est très agréable. C’est une pizzeria où on peut aller les yeux fermés. »

Happiz Monge – 9, rue Monge, 75005 Paris – 09 84 52 56 52 – Facebook – Pizzas 15-17 €

Boneshaker Donuts

« Une bonne adresse pour manger des donuts vegan, il y a tout le temps la queue devant ! Avant de se lancer, la fondatrice – cheffe pâtissière à l’origine –  a acheté une friteuse d’occasion à 10 euros dans un vide grenier. Chez elle, elle s’est entraînée à confectionner une pâte vegan et très légère. Puis elle a commencé à les vendre dans son quartier à Montmartre, à des cafés, avant de se lancer avec son mari. Les noms des donuts sont très amusants comme “Baby Got Back” (ndlr, Bébé est revenu) ou “No Sleep till Brooklyn” (ndlr, Pas de sommeil jusqu’à Brooklyn). Ils sont recouverts de glaçages ultra-gourmands au chocolat, au beurre de cacahuète et de toppings spéculoos ou meringue flambée. Ces donuts sont vraiment fondants. Je pense que personne ne sait que c’est une adresse vegan avant d’avoir regardé les ingrédients de près, ce n’est pas indiqué sur la devanture. Pour accompagner ces beignets américains, un très bon café est proposé. Elle fait quelques cinnamons rolls aussi et s’amuse à expérimenter des recettes originales. »

Boneshaker Donuts  – 86, rue d’Aboukir, 75002 Paris – Site internet

Paris végétarien et vegan, Alcyone Wemaëre, éditions Parigramme, 128 pages, 9,90 €.
Manon Aïn-Establet et Elisa Nguyen Phung