Marseille, nos restaurants préférés

Marseille meilleurs restos
Z, un média gastronomique... et un personnage - illustration Valeria Potaichuk pour Z

On n’aime pas dire « meilleurs », mais c’est un peu l’idée quand même de cette sélection de tables dans la cité phocéenne, parole de critique gastronomique originaire de Marseille.

La Famille : le paradis du centre-ville

Je ne ne parlerai pas de la déco, parce que c’est l’une des plus belles décorations de restaurants vues à ce jour et je ne voudrais pas vous gâcher la surprise… J’aurais voulu ne rien dire sur la cuisine, parce que ce fut un immense coup de cœur, mais ces lignes n’auraient ni queue ni tête… Commençons donc par là : la patronne, Stéphanie Giribone, est une Marseillaise qui s’est expatriée au Maroc et qui est revenue sur ses terres pour ouvrir début 2022 une déclinaison phocéenne du restaurant La Famille à Marrakech. Giribone n’est pas une professionnelle de la cuisine et revendique n’avoir jamais pris de cours en parallèle, mais elle et son compagnon possèdent un vrai don qu’ils déclinent chaque jour à travers une proposition salade, pizza et pâtes fraîches, la fille Giribone – 16 ans à peine – s’occupant des deux ou trois desserts de la carte (un crumble de poires sublime le jour de mon passage, en plus d’une tarte chocolat-peanut butter). Voilà tout ce que je vous raconterai sur cette table articulée comme une maison et où j’ai bien failli verser une larme (de bonheur).

La Famille – 36, rue Edmond-Rostand, 13006 Marseille – 04 91 58 26 11 – Page Instagram – Comptez une bonne trentaine d’euros par personne

Restaurant L’Idéal : auberge italienne royale

De loin, on dirait une petite gargotte à l’entrée étroite dans une rue populaire. Et puis, on entre dans le restaurant de l’ex-journaliste Julia Sammut – déjà à l’œuvre avec l’Epicerie Idéal qui fait partie des pionniers du nouveau Marseille – et on se tait, impressionnés par la déco d’un restaurant que l’on croirait perdu dans la campagne italienne. Plus qu’une auberge, une église du bon goût (je ne sais pas pourquoi j’écris ça, mais ce restaurant a une énergie d’église), où la patronne reçoit comme dans un endroit sacré avec son habit noir très élégant. Dans l’assiette, tout était exceptionnel, du poulet frit à la sauce piquante au fiadone silicien à la ricotta et citron (un genre de cheesecake en plus humide) en passant par les pâtes al ragù, épinards et pecorino. Voilà une adresse qui fait beaucoup de bien à la ville. Amen !

Restaurant L’Idéal – 8, rue d’Aubagne Marseille, 13001 Marseille – 09 70 91 03 09 – Page Instagram – Comptez 36-40 € à la carte

Cantoche : la brasserie Instagram

A l’heure où ces lignes sont écrites, Cantoche n’a que quelques jours. Mais on peut déjà prédire que cette brasserie moderne montée par les sœurs Toche (d’où le nom) va être le prochain hit du centre-ville de la cité phocéenne. Tout est beau ici, jusqu’aux délicieux sirops de menthe et grenadine dans des flacons que l’on dirait sortis d’une parfumerie de luxe. Difficile de mettre la cuisine dans des cases, disons que la cheffe Julia Toche – passée par des belles adresses de la ville (dont l’Épicerie l’Idéal) – aime naviguer entre les lignes, ici un sandwich japonais, là une délicieuse tarte aux blettes confites, olives de Kalamata et mozzarella fumée…

Cantoche – 13, rue Haxo, 13001 Marseille – 04 91 70 24 99 – Page Instagram – Plats 12-17 €, desserts 7 €

Livingstone : bordel prodigieux

Ce bar à vins situé près du vibrant Cours Julien – centre névralgique des bohèmes marseillais – est spécialiste des vins orange (des vins blancs travaillés comme des rouges) grâce au savoir-faire de la sommelière et copatronne Laura Vidal, référence en la matière (mais pas que) en France. Mais il faut aussi (et surtout ?) y aller pour la cuisine de Valentin Raffali. Après deux repas là-bas, une certitude se dessine : ce très jeune chef brun est un prodige de la gastronomie avec des assiettes en apparence simples, mais poussées jusqu’au bout du goût, parfois trop, mais toujours volontairement. Exemple avec la pizzetta à la crevette et à la pâte de piment, aux saveurs puissantes, ou encore avec ces « fraises à la crème » magnifiques avec des morceaux croquants sans doute à base de meringue et de sucre brun cristallisé. On allait écrire « à réserver aux amateurs de sensation forte », mais Raffali sait également y faire avec douceur. En témoigne cette mémorable assiette suave à base de courgettes, lard de Colonatta et ricotta. Seule ombre au tableau : les chaises et les tables assez bancales en terrasse, elle-même déjà en pente.

Livingstone – 5, rue Crudère, 13006 Marseille – 04 96 10 00 00 – Site Internet – Assiettes à partager 10-16 €

Réserver

Ourea : la bistronomie au sommet

Après avoir roulé sa bosse auprès de chefs capés à Paris, Matthieu Roche a décidé de revenir près d’Aix-en-Provence, la ville qui l’a vu grandir. Ce sera Marseille donc, avec Camille, sa compagne présente en salle. Ne passez pas à côté du talent bistronomique de l’intéressé, il vaut largement le détour avec des assiettes fines, précises et hautes en saveurs : carpaccio de thon rouge pêché à la ligne et accompagné de fraises et d’huile de piment fumé, divin maquereau à la flamme, fenouil et carottes confits, pomelos et beurre noisette au gingembre… La déco ne paie pas mine mais il s’agit bien d’une des adresses les plus excitantes de la ville avec un rapport qualité-prix imbattable (28 € le menu complet).

Ourea – 72, rue de la Paix Marcel Paul, 13006 Marseille – 04 91 73 21 53 – Site Internet – Menu déjeuner 28 €, menu dégustation 52 € midis et soirs

Réserver

Pétrin-Couchette : café-boulange sexy

C’est la dernière adresse de la bande de Laura Vidal et ses associés, déjà à l’œuvre avec la Mercerie et Livingstone, deux lieux qui participent à la redéfinition de la scène culinaire marseillaise. Pour faire simple, Pétrin Couchette est à la fois une boulangerie et un café avec grande terrasse. Certains voisins au solide coup de fourchette viennent tous les jours pour leur chaï tea au lait végétal, d’autres pour le toastie (croque-monsieur sans jambon, avec asperge ou autres légumes de saison), le sandwich à l’œuf et à la mayonnaise ou encore le roulé à la saucisse addictif. N’oubliez pas les cookies, avec de gros morceaux de chocolat noir issu de la chocolaterie marseillaise La Baleine à Cabosse (l’une des rares, sinon la seule enseigne de la ville à fabriquer son propre chocolat de A à Z, à partir des fèves de cacao).

Pétrin Couchette – 7, cours Saint-Louis, 13001 Marseille – 06 45 32 53 27 – Page Instagram – Comptez une quinzaine d’euros par tête

La Maison des Nines : le salon de thé le plus sympa de la ville

Elles s’appellent Anna, Claire et Estelle, ne sont pas originaires de la ville, mais leur énergie et leur enthousiasme contamine l’ensemble du lieu, lieu hybride puisque en plus de faire cantine et salon de thé du matin jusqu’à la fin d’après-midi, la Maison des Nines possède également un très bel espace vêtements, ainsi qu’un comptoir à bijoux et parfums. A chacun de mes passages à Marseille, je n’oublie jamais de passer voir ce très très sympathique trio, avalant au passage thé et pâtisseries du jour.

La Maison des Nines – 9, rue d’Aubagne, 13001 Marseille – 06 65 54 32 30 – Page Instagram

Caterine : une cantine moderne

Ouvert en plein confinement, l’endroit s’est d’abord fait connaître grâce à son kebab de poulpe à emporter. Depuis, le restaurant a retrouvé sa vocation d’être… un restaurant. Mais sans service à table. Une fois la commande prise au comptoir, je me sers couverts et verres avant de m’asseoir sur une des tables dépareillées dispersées dans la cour ombragée. « Ophélie ! » La cuisine ouverte, de bonne humeur, menée par la jeune cheffe Marie Dijon, (ex-Table au Sud, une étoile au Michelin, et lauréate de la Dotation Jeunes Talents Gault & Millau 2020) m’appelle pour récupérer mon entrée. Les gyozas au cochon fondent en bouche, marinés dans un bouillon de langue de bœuf, les condiments à la bergamote et à la cébette arrachent. « Ophélie ! » Je m’en vais chercher la suite de mon repas : un pavé d’arancini au poulpe déposé sur du céleri cuit en lamelles, des pickles de fenouil, du gingembre en bouillon et du citron confit. Chez Catherine, pas de formule déjeuner, l’addition grimpe vite (environ 30 € un repas complet), mais les portions sont généreuses. Loin des traditionnels plats en sauce de la cantoche scolaire : une adresse réconciliant avec une époque.

Caterine – 27, rue fontange, 13305 Marseille – 04 91 67 72 85 – Page InstagramComptez une trentaine d’euros par tête

Opéra Zoizo : le bistrot de l’été

Très joli déjeuner à la table du chef Charles Pinoteau, dirigée par la radieuse Mélodie, professeure d’écriture de théâtre. La terrasse ensoleillée, à 50 mètres du vieux port, est tranquille et donne sur l’Opéra. Rafraîchie par la meilleure citronnade que j’ai pu déguster, parfumée à la fleur d’oranger, les arancini à la crème d’artichaut m’enracinent dans l’été. La thonine est parfaitement cuite, accompagnée d’une purée de maïs à se damner (la cheffe m’a fait aimer le maïs, une prouesse), de pamplemousse et de poireau brûlé. Une adresse ouverte juste avant le premier confinement qui commence (enfin) à se faire connaître.

Opéra Zoizo – 11, rue Beauvau, 13001 Marseille – 06 80 71 18 58 – Page InstagramMenu déjeuner 27€

Regain : le coup de coeur de Z

Je lui ai déjà consacré une lettre d’amour (à lire ici), mais je ne peux m’empêcher de vous en parler à nouveau. Regain, c’est le bistrot d’une cheffe talentueuse : Sarah Chougnet-Strudel et d’un ex-caviste marseillais, Lucien Salomon. Depuis janvier, ils proposent une cuisine intelligente et créative, où brocolis grillés côtoient œufs confits et kumquat. L’ambiance est celle d’un bistrot vintage avec son bar en zinc et sa terre cuite au sol. La cour intérieure quand j’y ai déjeuné était fermée, une bonne excuse (s’il en fallait une) pour y retourner !

Regain, 53 rue Saint-Pierre, 13005 Marseille – 04 86 68 33 20 – Page Instagram – Menu déjeuner 25€