Contre-soirée : 8 restos parisiens où boire du bon beaujolais 

16 novembre 2022
Ryan Gillett pour Z.

Si vous froncez le nez quand on vous dit « beaujolais », vous faites peut-être partie de ceux qui pensent que ce vignoble au nord de Lyon se réduit au bojo nouveau. Que nenni : il comporte aussi dix crus d’exception… De quoi vous réconcilier avec le gamay. Et oublier le p’tit rouge acide au goût chelou de banane !

Ce jeudi 17 novembre, on fête le beaujolais nouveau, ce drôle de jus primeur, qui n’a pas quatre mois de bouteille… Et pas toujours bonne presse ! Mais le vignoble du Beaujolais comporte aussi dix crus. Lesquels représentent 820 ha, soit environ 40 % de la surperficie totale. Dix crus 100 % rouge, tous différents… et pourtant tous nés à partir d’un seul et même cépage, le gamay.

Issu d’un croisement avec le pinot noir de Bourgogne, ce raisin donne, au-delà des vins de fruit et plaisir, des vins de gastronomie et de garde. Bonne nouvelle, à l’inverse de ceux de Bourgogne ou Bordeaux (suivez mon regard), ces flacons permettent d’allier plaisir et haute-biture… sans craquer son PEL !

Dix crus, qui l’eût cru ?

Moyen mnémotechnique pour les retenir tous : « Alors Je Cherche Mon Frère Chez Ma Respectable Cousine Berthe ». La majuscule de chaque mot correspond à un cru : A pour Saint-Amour, J pour Juliénas, C pour Chénas, M pour Moulin-à-Vent, F pour Fleurie, C pour Chiroubles, M pour Morgon, R pour Régnié, C pour Côte-de-Brouilly et enfin B pour Brouilly. Ne nous remerciez pas, c’est cadeau.

Bien sûr, qui dit bojo dit bistrot… Prêts pour la tournée des grands-ducs ? Découvrez nos adresses où faire ripaille, retrouver le Paris d’antan, entrechoquer les verres et plier le gamay-game.
Oldschool is the new cool !

Billili

09 87 76 27 49
Billlili,
136, rue du
Faubourg Poissonnière,
75010 Paris Map

L’annexe des Arlots, métro Anvers. LA cave à manger-caviste où le Tout-Paris naturiste joue des coudes pour s’hydrater la glotte et tapasser en bande organisée ! Tristan, le sommelier, est un bon, un vrai. Pote avec tous les jeunes vignerons du Beaujolais. Morgon d’Antoine Sunier (35 € sur table), Chenas du génial domaine Thillardon (42 €), Juliénas de David Beaupère (30 €)… Côté assiettes, ça parle cru aussi  : cochonne terrine de campagne, chips de jambon, rillons, jambon persillé maison et céleri rémoulade, mais aussi œuf dur mayo ou dément tarama maison ! Régal.

Carte : 15-35 €.

Le Bistrot des Tournelles

01 57 40 99 96
Le Bistrot des Tournelles
6, rue des Tournelles,
75004 Paris Map

A 5 minutes à pattes de la place de la Bastille, ce bistroquet cornaqué par Édouard Vermynck (ex-Entrée des Artistes à Pigalle) diffuse une douce nostalgie sépia : carrelage rose des vents, comptoir 1900 en bois ouvragé et marbre, caisse enregistreuse. Aux pianos ? Geoffroy Langella, fils de bouchers napolitains formé chez Ferrandi. Du coup, ça donne : andouillette maison grillée (25 €) ou faux-filet extra de bœuf Limousin extra, arrosé d’un jus de viande canaille en diable (36 €). Et surtout côté pif, une quarantaine de crus du beaujolais (d’où sont originaires les parents du boss). Jambon, Thillardon, Foillard… Tous les meilleurs vignerons ! A la bouteille ? Morgon vieilles vignes de Breton à 45 €, Vin de France (Fleurie) de Justin Dutraive à 36 €, brouilly de Rémi Dufaitre à 52 €… Au verre, de 7 à 8 €. 

Carte : 35-60 €

Réserver

La Bonne Franquette

01 42 52 02 42
La Bonne Franquette,
18, rue Saint-Rustique
75018 Paris Map

Cette planque ché-per (littéralement à 128 mètres) prouve qu’il n’y a pas que des restos attrape-touristes à Montmartre ! « Aimer, Manger, Boire et Chanter », telle est leur devise – ô combien plus funky que Julia Roberts dans Mange, Prie, Aime (2010). La Bonne Franquette, c’est une vibe : la bâtisse XVIe siècle (avec façade rétro, poutres apparentes, fresque naïve), les plats cochons, la carte de vins beaujorientée… Et puis ces deux terrasses : l’une à pic sur la rue des Saules, l’autre rue Saint-Rustique, vue imprenable sur le Sacré-Cœur. Maître compagnon du Beaujolais, Patrick, sympathique homme-bouteille, dégaine les dix crus plus vite que son ombre. Morgon 2013 du Domaine Kuhnel (Anita, ex-championne de vélo reonvertie vigneronne), ou La Roilette, délicat Fleurie issu de Vieilles Vignes du Domaine Métrat… Valeurs sûres côté solides ? L’Andouillette siglée 5 A de l’Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique, le boudin noir aux piments d’Espelette de Christian Parra ou encore le fameux saucisson pistaché de Colette Sibilia (19 € chaque). Bonus : c’est ouvert tous les jours, y compris les dimanches et jours de fête !

Carte : 35-Menus à 19 et 27 €

L’Imprévu

01 46 72 38 01
L’Imprévu
94, avenue Anatole France
94400 Vitry-sur-Seine Map

Et si on sortait du Petit Paris ? A Vitry, ce bouclard tenu par deux cousins aveyronnais ne désemplit pas. Pour cause, de la belle jaja branchée beaujojo, en veux-tu en voilà ! Ces mordus de gamay en ont planté 60 pieds dans le jardin du resto ! La famille est toujours fourrée dans le Beaujolais et se fournit à bonne source. Jadis hôteliers, ils avaient souvent des vignerons du Beaujolais de passage, et travaillent notamment avec le domaine Thévenet depuis trois générations. Signe particulier : Laurent, taulier haut en couleur appelle tout le monde « mon cœur ». La carte ? Sans chichis, efficace, viandarde. Ils se fournissent auprès du grand boucher-charcutier d’Aubrac – la Maison Conquet, à Laguiole.

Carte : 30 €. Menu midi 15,50 €

Le Gavroche

01 42 96 89 70
Le Gavroche
19, rue Saint-Marc
75002 Paris Map

A Bourse, ce bistrot bojo met tout le monde d’accord : commissaires priseurs de l’hôtel Drouot, banquiers des bureaux voisins ou touristes bien rencardés. Nicolas le taulier annonce d’entrée la couleur, avec son affiche placardée derrière le bar : « de 12 h à 15 h et de 19 h à minuit, le Coca-Cola est à 15 € ». Ça crayonne l’addition à même la nappe en papier, et dépote de bons p’tits plats ménagers, dans la veine viandarde : blanquette de veau, côte de bœuf, pavé au poivre, pot-au-feu, épaule d’agneau… Et surtout, cas unique à notre connaissance, le gusse assemble et embouteille sur place ses beaujolais ! La cave reflète un goût très sûr : brouilly du Domaine du Petit Pérou, fait par Laurent Thévenet et Hugo son fils, morgon de chez Jean-Pierre Large… Gamay-ah-mé-ah !

Formule 26 €. Vins : bouteilles de 20 € à 160 €

Oh Vin Dieu !

01 45 63 34 17
Oh Vin Dieu !
19, rue Treilhard
75008 Paris Map

Fondateur de l’ASOM (Association de Sauvegarde de l’Œuf Mayonnaise), Sébastien Mayol est aussi sacrément mordu de gamay. C’est bien simple : il a presque tous les crus du Beaujolais à sa carte ! Dans le cossu 8e arrondissement de Paris, son bistrot la joue minimale-maximale : carte courte (quatre entrées, quatre plats, quatre desserts). Tout est fait maison par le chef, même la charcuterie.

Environ 50 €

La Dalle en Pente

01 43 37 05 58
La Dalle en Pente
7, rue de l’Epée de Bois
75005 Paris Map

Impossible de passer à côté de cette façade rouge, en plein quartier Mouffetard ! A l’intérieur ? Un néobistrot bien dans ses baskets : comptoir en bois blond, murs en brique, décor épuré. Théo le patron jajaphile a fait différents métiers dans le vin et a même vinifié. Il a casté avec soin environ 180 références de pif, en bio, biodynamie, nature… Beaucoup de beaujolais, dont des vieux millésimes… Qui matchent parfaitement avec la cuisine du chef Goran – à l’instar de cette côte de cochon du Périgord, flanquée des patates douces et du céleri. Récemment, il a mis en vente une cuvée solidaire de cote de brouilly du vigneron Guillaume Dumontet (domaine des Fournelles), afin de récolter des fonds pour l’Ukraine. Et surtout, avis aux amateurs : on nous murmure à l’oreille qu’il compte dégoupiller la nuit du beaujolais nouveau, de vieux morgons des nineties ! Y aura-t-il du Georges Descombes ?

Environ 35 €

L’Opportun

01 43 20 26 89
L’Opportun
62, boulevard Edgar Quinet
75014 Paris Map

A quelques encablures de la tour Montparnasse, niche l’un des plus anciens bouchons lyonnais de la capitale (1994 siouplé !). Le chef grande gueule Serge Alzerat, autoproclamé beaujolothérapeute, a passé le flambeau à fifille Morgane. Laquelle dépoussière gentiment « lyonaiseries » typiques et plats signatures bistrot : ris de veau, rognons, quenelles de brochet sauce Nantua… Et raaah cette langue en gelée concoctée à partir du bouillon de la tête de veau, sur laquelle s’extasiait récemment Emmanuel Rubin dans notre courrier des lecteurs ! Pour faire glisser viandes parfaitement maturées et fromages affinés à point ? Une carte des vins pro-Bojo, qui met à l’honneur les dix crus.

Carte environ 45 € hors boissons. Menu mâchon à 30 ı€ environ 35 €

Réserver
Journaliste pifologue spécialisée en gastronomie (Le Fooding, L’Express, Le Guide Lebey des Restaurants…), Tina Meyer a dirigé pendant quatre ans la rubrique Gastronomie de Time Out Paris, tout en signant des reportages pour les magazines Cuisine et Vins de France, Le Figaro Vin... Obsédée par les cépages oubliés qu’elle met en lumière dans son émission « Presse-moi la grappe !» (Tellement Soif TV), cette baroudeuse a le don de démythifier le pif. Autrice documentaire, elle a aussi commis Punkovino (Arte), une série mixant vignerons naturels et musiciens indé.