Petit guide pour être bien placé dans les grandes brasseries parisiennes

14 octobre 2021
Brasseries paris traditionnelles meilleures tables et emplacement
Illustration Jason Hoffman pour Z

La journaliste Diane Bismuth a visité une par une les grandes brasseries traditionnelles de la capitale (ainsi que les cafés emblématiques). La 8 de Lipp, la 23 de la Coupole, la 152 du Procope… : oui, bien s’asseoir est un art.

La 103 des Deux Magots 

C’est sur la table 52, la plus prisée des lieux, que Simone de Beauvoir rédigea Le Deuxième Sexe. Mais il y a meilleur spot aux Deux Magots : la 103, tellement agréable que des expatriés habitant en Egypte viennent s’y asseoir spécifiquement. Nichée dans une alcôve de la véranda « L’heure exquise » donnant sur les pavés de la place Saint-Germain des Prés, elle permet de profiter de l’atmosphère enveloppante du célèbre café littéraire tout en contemplant le clocher de l’église qui domine la place. Un emplacement de choix pour siroter un chocolat chaud à l’ancienne (8,50 €) ou beurrer ses toasts de tarama Petrossian (21,50 €).

Les Deux Magots – 6, place Saint-Germain des Prés 75006 Paris – 01 45 48 55 25 – Site Internet

La 104 de la Closerie des Lilas

Le passé semble reprendre vie sur la banquette de la 104. Peut-être grâce aux fauteuils moleskine ou à l’ambiance tamisée de ces petits abats-jours mais d’abord et avant tout avec ce bar envoûtant (qui nous fait face) dont les splendides lumières font scintiller les boissons ambrées. Curieuse impression de se retrouver en plein milieu d’une nuit parisienne animée des années 1920… Dans ce salon, le piano entretient chaque soir l’âme festive de la capitale. Les photos – accrochées à divers endroits de la pièce – rappellent elles l’âge d’or de la maison. Jetez un coup d’oeil aux tables en bois foncé (presque toutes d’époque) à gauche du bar, des plaques dorées portent les noms des illustres personnages qui y ont bu (Hemingway, F. Scott Fitzgerald, Picasso, Man Ray, Éluard … rien que ça).

La Closerie des Lilas – 171, boulevard du Montparnasse 75006 Paris – 01 40 51 34 50 – Site Internet

Réserver

La 23 de la Rotonde

Avec son plafond en mosaïques reflétant les lumières chaudes de la salle principale, la Rotonde s’apprécie comme un tableau de maître. De la table 23, vous aurez le recul nécessaire pour admirer l’œuvre d’art. D’ici, on dirait que les miroirs aux murs prolongent la pièce indéfiniment. Alors oui, cette table se situe en face des cuisines (on aime ou pas), mais quelle vue ! On aurait pu, pour plus d’intimité et moins de contemplation, choisir la table ronde numéro 9, dans l’angle, derrière l’escalier en colimaçon. Presque abrités par les balustres boisés, assis sur ce canapé en velours rouge molletonné entouré des petites lampes à franges, vous vous sentirez comme à la maison. Ce n’est pas un hasard si cette brasserie chaleureuse est l’une des préférées d’Emmanuel Macron… qui a lui aussi sa table fétiche (on a essayé de connaître laquelle auprès du personnel, sans succès).

La Rotonde – 105, boulevard du Montparnasse 75006 Paris – 01 43 26 48 26 – Site Internet

La 3 du Café de Flore

Les meilleures places du Café de Flore ne sont pas les plus intimes mais franchement, qui vient au Flore pour se cacher ? La table 208 (située dans l’angle de la véranda à l’entrée de l’établissement) est un emplacement amusant depuis lequel on se délecte de voir la fine fleur de la clientèle parisienne réajuster son attitude pour entrer au Flore dans son plus bel apparat. Elle permet aussi de passer le temps en comptant le nombre de touristes posant devant la façade végétale de ce café littéraire mythique (Apollinaire, Queneau, Prévert, Signoret, Camus, Vian et on en passe). Mais notre table préférée, c’est la 3, située dans la grande salle (la « table sous le pendule », son petit nom). Depuis la petite banquette rouge et grâce aux jeux de miroirs (l’un face à vous, l’autre derrière), il est possible de voir qui entre sans être vu. Un luxe inestimable dans ce théâtre mondain qu’est le très chic quartier de Saint-Germain-des-Près.

Café de Flore – 172, boulevard Saint-Germain 75006 Paris – 01 45 48 55 26 – Site Internet

La 8 de la Brasserie Lipp

Après avoir franchi l’une des plus anciennes portes tambour en bois de Paris, on s’installe sur la banquette moleskine de la table 8. La « table des amoureux » car deux personnes peuvent s’y asseoir côte à côte, leurs genoux se frôlant sous la nappe. Que d’intimité dans cette brasserie légendaire, presque figée dans le temps (on se croirait encore à l’inauguration, en 1880). Il y a ces éléments de déco parfois déroutants comme ces pancartes vieillies qui exigent une tenue correcte ou ces porte-manteaux en fer forgé auxquels on accrochait jadis son haut de forme. Et puis il y a aussi cette mansarde au-dessus de notre tête, habillée d’une toile représentant des scènes de chasse coloniale ou encore les sublimes céramiques fleuries Art nouveau dont les couleurs, à peine ternies par le temps, tapissent les murs. Une alternative très acceptable est la table numéro 1, proche du bar, où François Mitterrand dégustait régulièrement des huîtres. Attention, ne faites pas de faux pas : la fidèle clientèle de Saint-Germain-des-Prés sait qu’approcher les sièges du premier étage est à éviter absolument. Dans la géographie lippienne, ce dernier est appelé « l’Enfer » et la salle d’en bas au fond « le Purgatoire ». Veillez donc à rester au « Paradis ».

Brasserie Lipp – 151, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris – 01 45 48 53 91 – Site Internet

Réserver

La 32 du Pied de Cochon

La poignée dorée en forme de pied de cochon pour entrer dans l’établissement plonge déjà dans l’univers « cochonnaille » que l’on peut savourer depuis la table 32. Au calme du coin de la baie vitrée traversée par les rayons du soleil, on ouvre les yeux et on tend l’oreille. Les pieds des tables en bois sont semblables à ceux d’un cochon, les fresques murales fleuries – peintes par des élèves des Beaux-Arts en 1986cachent presque toutes des petits cochons roses et la musique bonne enfant « Au Pied de Cochon » qui passe parfois l’après-midi donne le sourire. On vous recommande également de fréquenter la salle du 1er étage pour un repas à la table 130 dont l’ambiance cosy, au coin d’une fenêtre avec vue sur les arbres, est propice à un déjeuner en amoureux.

Au Pied de Cochon – 6, rue Coquillière 75001 Paris – 01 40 13 77 00 – Site Internet

Réserver

La 33 de L’Alsace 

Il est rare de tomber sur un emplacement comme celui-ci, à la fois au centre du convivial esprit brasserie à l’ancienne (bien conservé malgré la rénovation récente) et en même temps assez calme et intime pour contempler l’agitation du service. Confortablement installé depuis la grande banquette en demi-lune, et entouré de grands miroirs vieillis, on profite de la vue qui vaut le détour. Face à nous, un comptoir de bar moderne (orné d’une jolie mosaïque rouge aux airs subtils d’Alsace) depuis lequel le barman agite son shaker. Au milieu de la salle, on aperçoit un beau plafond arrondi, décoré d’un ciel pastel peint à la main. Le grand lustre en cristal suspendu au centre de la fresque romantique remplit l’espace avec élégance. Décidément, aucun doute sur la 33. 

L’Alsace – 39, avenue des Champs-Élysées 75008 Paris – 01 53 93 97 00 – Site Internet

Réserver

La 3 de la Lorraine 

Au fond de la longue salle « Paquebot », cette tablée de cinq personnes et sa grande banquette offrent une belle perspective sur cette brasserie connue pour sa carte marine. Sur la fresque murale dessinée de 100 mètres de long, des crabes escaladent les algues et des bancs de poissons nagent entre les coquillages. Une autre table (qui peut accueillir cette fois 2 à 3 personnes), logée à l’angle de la verrière qui longe le restaurant, est convoitée par les habitués. Il s’agit de la 64 d’où l’on peut observer Rabah Guechoud – élu trois fois meilleur écailler de France – dépiauter le poisson et dresser les plateaux de fruits de mer du soir. 

La Lorraine – 2, place des Ternes 75008 Paris – 01 56 21 22 00 – Site Internet

Réserver

La 16 du Dôme 

Rien de mieux que la table 16, sous l’horloge orange vintage, pour s’imprégner de l’ambiance du Dôme. Là, un peu surélevé, dans ce petit carré intimiste accueillant quatre tables, vous surplomberez le lieu et votre regard englobera le décor années 1930 de cette brasserie imaginé par le décorateur star des années 1970, Slavik. Bien que l’on soit presque au centre de la pièce principale, une ambiance cosy, presque douillette, se dégage de cet espace, probablement grâce aux banquettes en daim vertes molletonnées et à l’atmosphère chaude de la lumière jaune-orangée des plafonniers Art déco. Pendant le repas, prenez le temps de lever la tête de votre assiette octogonale pour apprécier la peinture murale de l’artiste Jean-Carzou. Et n’oubliez pas de contempler la beauté du bar (lui aussi Art déco) ainsi que la lumière traversant les vitraux fleuris. Effet « waouh » garanti de l’entrée au dessert.   

Le Dôme – 108, boulevard du Montparnasse 75014 Paris – 01 43 35 25 81 – Site Internet

La 107 du Grand Café Capucines

Vous vous sentirez comme dans la cabine d’un navire à cette table de deux (on pourrait s’y installer à quatre) située au premier étage de la grande salle façon bateau Art déco. Un îlot de paix au milieu du brouhaha donc, avec vue sur les Grands Boulevards. Le soir, l’ambiance tamisée se reflète dans les plafonds-miroirs bordés de lampes. Lorsque vous monterez l’impressionnant escalier fer à cheval pour rejoindre la table, vous pourrez vous attarder sur les mosaïques au sol de l’entrée (que vous verrez mieux depuis cette hauteur) : elles représentent des flamboyantes capucines (les fleurs).

Grand Café Capucines – 4, boulevard des Capucines 75009 Paris – 01 43 12 19 00 – Site Internet

Réserver

La 23 de la Coupole

Au cœur de cet immense espace plein pied de plus de 800 mètres carrés se trouve la table 23. Ici, vous serez aux premières loges pour profiter du spectacle qu’offre le ballet des chefs de rang qui vont, viennent et tournoient près de l’îlot central frôlant les sublimes mosaïques décorant le sol. Depuis la banquette, vous pourrez balayer d’un seul regard la grande majorité des 27 colonnes Art nouveau qui ont fait la renommée de l’établissement. Chacun de ces piliers classés est décoré d’une fresque unique, peinte par un artiste en vogue durant les années 1920. Aujourd’hui subtilement éclairées par les plafonniers Art déco, elles portent l’édifice érigé sur d’anciennes carrières. Cette table permet aussi d’observer de près la réplique en bronze « la Terre » du grand sculpteur Louis Derbré.

La Coupole – 102, boulevard du Montparnasse 75014 Paris – 01 43 20 14 20 – Site Internet

Réserver

La 11 de Bofinger

On y était l’autre soir, c’était un vendredi : quel plaisir de voir ce décor s’animer au fil du dîner avec ses fleurs et ses petits chapeaux blancs (les serviettes blanches sur table) que les clients dénouent les uns après les autres. Le meilleur panorama est incontestable et on le pratiquera depuis la spacieuse table 11 en angle (à moins d’opter pour la table du coin opposé, c’est selon). Avec une choucroute, évidemment, dans ce temple alsacien où elle se décline en cinq versions.

Bofinger – 5-7, rue de la Bastille 75004 Paris– 01 42 72 87 82 – Site Internet

Réserver

La 152 du Procope

Après avoir monté l’escalier avec ses belles balustrades rappelant celles de balcons parisiens, vous arriverez dans l’accueillant Salon Chopin. Elle est là, au fond de cette pièce moquettée style Louis XIV, la table 152 pour quatre personnes. Située dans un coin agréable près de la fenêtre, elle offre une vue d’ensemble sur la pièce dont la décoration nous transporte en 1686, année de la création de ce café (faisant de lui le plus ancien de la capitale). Les murs rouges et jaunes chargés d’histoire – et des portraits de personnalités des Lumières comme Diderot et Voltaire, habitués de cette antichambre de la Révolution – donnent à ce restaurant bourgeois des airs de musée.

Le Procope- 13, rue de l’Ancienne Comédie 75006 Paris – 01 40 46 79 00 – Site Internet

Réserver

Journaliste Z
A l'âge de huit mois, Diane hurlait quand elle n'était pas nourrie assez rapidement. À 7 ans, elle pouvait déjà rester assise pendant cinq ou six heures à table. Autant dire que si elle est diplômée en droit et en philo, elle n'a pas hésité longtemps à revenir dans le droit chemin et devenir journaliste armée d'une fourchette au quotidien. Sa passion : le chocolat noir.