Les adresses confidentielles du 20e arrondissement de Paris par une infiltrée

28 avril 2022
Illustration de Rocio Egio pour Z

Depuis 2020, la journaliste Pauline Pellissier déclare sa flamme à l’un des quartiers les plus populaires de la capitale sur son blog Mon Petit 20e. A force d’y vivre, d’y manger et de l’arpenter, ses rues n’ont plus de secret pour elle. Cette dingue du 20e partage avec Z les adresses des restaurants où elle aime s’attabler.

Quand la serveuse la salue chaleureusement, Pauline Pellissier plaisante avec elle : « Tu vas dire que je campe ici ! » La journaliste, que l’on retrouve à la terrasse du bistrot Aux Petits Oignons, est une habituée du quartier. Cette joyeuse trentenaire a fait son nid dans le 20e arrondissement. Lyonnaise d’origine, elle ne partirait de son arrondissement préféré que sous la contrainte. Après sept ans à exercer en presse féminine à la rédaction web de Grazia, elle lance en 2020 un compte Instagram et un blog Mon Petit 20e pour mettre en lumière cette « ville dans la ville ». Profondément attachée à ce quartier (neuf ans qu’elle y habite), elle en fait si bien l’éloge qu’elle a convaincu ses frères et sœurs de venir y vivre aussi. Quand elle n’arpente pas les rues en quête de nouvelles pépites, Pauline écrit pour My Little Paris, pour quelques marques, ou encore pour la revue indépendante Pays (dont le n° 3 est consacré à Belleville). On retrouve aussi sa plume dans Génération infertile (éditions Autrement), un ouvrage sur l’augmentation de l’infertilité en France, dont elle est coautrice.

Habitants, réalisateurs de film ou ex-président de la République s’y croisent

« Populaire et authentique », c’est ainsi que Pauline décrit le plus souvent le 20e. « La campagne à Paris » en est l’illustration parfaite. Cet ancien lotissement ouvrier avec ses airs de petit village aligne des maisons certes charmantes, mais vendues à prix d’or. Au détour d’une ruelle pavée, on peut y croiser François Hollande, qui compte parmi les résidents. « De l’autre côté de ce quartier, il y a des logements HLM en briques du début de siècle. Ces populations diverses se retrouvent au marché, fréquentent les mêmes lieux. » Jusqu’en 1860, Belleville, Ménilmontant et Charonne étaient des villages, une histoire récente qui détermine encore l’esprit régnant dans le 20e, aujourd’hui découpé en sept quartiers. Pauline a de quoi explorer. Avant de se lancer, elle a étudié le terrain : « Il y a seulement un journal L’ami du 20e, mais c’est un mensuel, pas forcément adapté à l’usage de notre génération qui aime bien picorer l’actualité un peu tous les jours. » De cet arrondissement, d’une taille équivalente à celle d’une ville comme Reims ou Saint-Etienne « on dit souvent que c’est “bobo land”, alors que beaucoup de lieux restent authentiques », explique la journaliste, aussi conseillère de quartier (ndlr, elle participe à des débats avec les habitants sur des problématiques du quartier) à ses heures perdues. « Beaucoup critiquent la gentrification, mais elle permet aussi la rénovation de certains lieux, comme la Petite Ceinture par exemple. » L’authenticité du 20e attire aussi les réalisateurs. Du Belvédère de Belleville aux Buttes Chaumont en passant par les ruelles pavées ou taguées, ils y apprécient un cadre idéal pour leurs films. Le bistrot où nous avons rejoint la journaliste ce matin-là est aussi très fréquenté par les tournages de séries – Le Bureau des Légendes ou En Thérapie y ont trouvé leur décor.

« Les restos associatifs et multiculturels, une des richesses du quartier »

Pauline ne pouvait imaginer créer un média local sans parler de ses restos :« La table rassemble les gens. Les restaurants sont les premiers lieux de convivialité et parviennent à mettre d’accord des gens qui n’ont pas les mêmes idées. » Souvent surnommée « Madame Mon petit 20e » par les habitants, elle évoque l’importance des associations (plus de 1 200) qui y fleurissent et sont « l’âme du 20e ». « Historiquement de gauche, c’est aussi l’arrondissement où Jean-Luc Mélenchon a enregistré le score le plus élevé : 47% », affirme la journaliste. Les restaurants associatifs font partie de ce joyeux mouvement solidaire. « On peut cuisiner ensemble, donner en fonction de ses moyens. C’est vraiment une des richesses du quartier », explique-t-elle. Les restaurants multiculturels ne sont pas en reste et proposent cuisines éthiopiennes, polonaises, ivoiriennes, comoriennes, géorgiennes et bien d’autres. Pauline préfère tester les adresses incognito et payer ses additions. « J’ai un principe : si je n’ai pas aimé une adresse, je n’en parle pas ou alors j’y retourne une deuxième fois pour être sûre. On peut parfois mal tomber et changer d’avis. » Depuis qu’elle est maman, elle s’est adaptée et va beaucoup moins au restaurant le soir : « Je suis devenue une experte des bons plans pour déjeuner ! », reconnaît-t-elle.

Carnet d’adresses par Pauline Pellissier

Maison One More

« Une pépite dans le quartier Belleville ! Au départ, il y a One More Joke, une société de production de stand-up. Il y a eu le One More Bar, rue de la Folie-Méricourt (aujourd’hui fermé). Puis, en grandissant (et en vieillissant…), l’équipe a décidé d’ouvrir un restaurant animé par des stand-up de temps en temps. Sur sa chaîne YouTube, la Maison One More invite des humoristes comme Redouanne Harjane, Thomas VDB ou encore Baptiste Lecaplain à cuisiner leur recette préférée. Ces commis comiques mitonnent des plats tout en faisant des blagues, dans l’enceinte du restaurant. Sur les hauteurs de Belleville, on tombe sur une jolie terrasse faite de chaises colorées, de guirlandes lumineuses et de plantes. L’intérieur du restaurant donne l’impression d’être dans une cave avec ses murs de pierre. C’est charmant. L’ambiance y est très décontractée et la cuisine d’un bon niveau. J’ai été bluffée par leur brunch hypercopieux (boisson chaude, jus, coupe de bulles bio, tacos au pulled pork en amuse-bouche, assiette salée, puis trio de desserts…). Le soir, place aux tapas. Leur grande table carrée (14 couverts) est idéale pour un dîner intimiste entre potes. »

Maison One More – 50, rue Piat, 75020 Paris – 09 83 75 91 64 – Site internet – Brunch 25 €

ChoueTte

« Mon adresse préférée pour déjeuner du côté de la porte de Montreuil. On repère de loin la devanture bleu-vert et les chaises orange sur la terrasse. A l’intérieur, les murs parés de miroirs apportent de la luminosité. Autrement, la déco est typique d’un bistrot : chaises et tables boisées, comptoir en zinc et carrelage mosaïque. Au déjeuner, des travailleurs du quartier en ont fait leur cantine. S’attabler dans ce bistrot est le moment sympa de leur semaine. Le midi, il y a du choix parmi les cinq entrées (œuf cocotte, asperges blanches…), cinq plats (joue de bœuf braisée, dos de lieu noir snacké…) et cinq desserts (baba au rhum et sa crème ricotta citronnée, brioche façon pain perdue…) changeant chaque semaine. Les assiettes sont généreuses et bien dressées, avec la petite sauce qui va bien, la chips qui apporte du croquant sur le dessus, tout est bien pensé ! Les riverains ne le savent que trop bien, alors réservation obligatoire. »

ChoueTte – 87, rue des Pyrénées, 75020 Paris – 09 86 44 93 58 – Instagram – Menu déjeuner 18 €

Chez Véro

« Dans une petite rue calme du bas Belleville, on tombe sur ce bistrot de poche bien dans son jus, rempli d’habitués au déjeuner. On a comme l’impression d’être dans un Paris d’il y a vingt ans : le lieu est fait de lambris aux murs, chaises bistrots et carrelage mosaïque d’antan. Même les toilettes à la turque sont dans l’arrière-cour. Ça faisait un bout de temps que je n’en avais pas vus. J’aime que tout soit à l’ancienne ici. Aux fourneaux, Véro puise son inspiration dans les cuisines géorgienne, italienne et française. De la vraie cuisine familiale comme je l’aime : risotto à l’artichaut, poitrine de porc fermier, tarte au citron…Un très bon plan pour le déjeuner. Le samedi midi, le brunch est préparé par Marwa, la serveuse, originaire d’Irak, qui nous fait découvrir des recettes moyen-orientales. »

Chez Véro – 33, rue Ramponeau, 75020 Paris – 09 82 32 68 07 – Instagram – Menu déjeuner 16 €

Le rouge aux lèvres

« Ce bistronomique est incontournable dans le sud du 20e arrondissement. On peut apercevoir le chef travailler par la cuisine ouverte. Les tables sont suffisamment espacées pour se sentir au calme et les banquettes permettent de s’installer confortablement. La terrasse et la cour intérieure sont agréables aux beaux jours. Comme son nom le suggère, c’est aussi un bar à vin. On peut donc y venir juste pour boire un verre. Ce que j’apprécie, c’est la façon dont de grands classiques sont revisités avec une pointe d’originalité : saucisse calabraise maison au piment fenouil, poulpe grillé au houmous, filet de bar laqué au citron, purée de persil et salade d’algues… En plus, le service est très attentionné. »

Le rouge aux lèvres – 71, rue des Grands Champs, 75020 Paris – 09 52 59 35 11 – Site internet – Menu déjeuner 18,50 €

A table

« Habituellement, je ne suis pas fan des buffets à volonté. Je les associe aux buffets asiatiques, pas toujours qualitatifs. Mais celui-ci m’a conquise. D’autant plus que j’hésite beaucoup devant les cartes de restaurants, j’ai toujours l’impression d’avoir fait le mauvais choix et je finis par loucher sur les plats de mes voisins plus avisés. Grâce au buffet, je n’ai pas ce problème. Je peux choisir ce que je veux, goûter à tout. La patronne des lieux est derrière le buffet et explique d’où vient chaque plat, ce qui le compose. La cuisine iranienne peut ressembler à d’autres originaires du Moyen Orient avec certaines de ses préparations comme le caviar d’aubergine, le tzatziki ou les feuilles de vigne farcies. Mais d’autres spécialités sont typiquement iraniennes comme le poulet sucré-salé khoresh-e fesenjan, aux noix et à la grenade. Je garde un très bon souvenir d’une salade de haricots blancs fondants aux herbes. Le dimanche, le buffet devient un brunch à volonté, avec des brochettes d’agneau car le dimanche est comme jour de fête. »

A table – 92, rue de la Réunion, 75020 Paris – 09 53 10 14 06 – Site internet – Buffet à volonté midi 14,60 €, soir 19,90 €, brunch 25,90 €

La Contrebande

« Ouvert en décembre 2019, dans le quartier Télégraphe (où il y a peu de restos !), ce repaire 100% végétarien est fait de murs et de sols en béton bruts. On peut s’installer dans des fauteuils club ou opter pour les chaises en Formica. Dans l’assiette, les produits sont locaux et issus d’agricultures respectueuses de l’environnement. Le propriétaire Loïc (végétarien pour “des raisons éthiques”) est un passionné de vins natures et biodynamiques. Le menu déjeuner change toutes les semaines : aubergine à la parmigiana, couscous de légumes, risotto aux courgettes et citron confit… Le soir, place à un bar à vin (avec des planches de fromages et des tapas). »

La Contrebande – 3, rue des Tourelles, 75020 Paris – 01 40 31 12 10 – Site internet Menu déjeuner à 19,50 €

Natema

« Le temps d’une matinée, on peut rejoindre la brigade de Yannis, chef cuisinier d’origine grecque, qui officie dans ce resto associatif, ouvert à tous, au déjeuner. Chaque jour, l’équipe en cuisine se renouvelle, grâce aux bénévoles. En échange d’aide pour éplucher les légumes, réaliser les desserts et dresser les tables, le repas est offert. Natema est aussi un lieu de jeux, disposant d’un mur entier de boîtes de Monopoly, Scrabble, échecs et autres divertissements à disposition. On peut y venir pour le goûter et rester jouer toute l’après-midi (pour 2 € en tant qu’adhérent et 4 € pour les autres). Des ateliers créatifs sont aussi organisés (bijoux, peinture…). Au menu le jour de ma venue, un velouté de carottes accompagné d’un sablé salé, puis une “poichichade” et pour finir un moelleux au chocolat. Souvent complet pour le déjeuner, il faut penser à réserver. »

Natema – 39, rue des Orteaux, 75020 Paris – 01 43 73 75 25 – Site internet – Menu déjeuner 12 € pour les adhérents, 14 € pour les autres (adhésion à 10 € l’année)

Come e Casa

« Mon italien préféré dans le 20e. Comme son nom l’indique tout ici est fait maison, par Flavia Federici et Andrea Bastianelli, originaires de Rome. Tous les jours, la carte change en fonction des humeurs et des produits de saison. Le midi, elle est réduite à deux entrées, deux plats, deux desserts. Pratique pour choisir lorsqu’on hésite rapidement devant un menu. Entre les murs de pierres et de briques, les plats sont joliment servis dans des assiettes chinées (comme la plupart des éléments de décoration). Des options végétariennes sont possibles. J’ai beaucoup aimé les boulettes aux légumes et les arancinis. Le soir, on peut y déguster des plats plus élaborés, souvent à base de produits de la mer : pâtes au ragoût de poulpe, linguine à la bisque de crevette… Dès qu’ils font des pâtes a la vongole, je ne peux m’empêcher de les prendre. »

Come e casa – 74-76, boulevard de Ménilmontant, 75020 Paris – 01 42 62 60 38 – Facebook – Menu déjeuner 25 €

La Gamelle des cheffes

« Ayesha et Amina tiennent le restaurant du théâtre de la Colline, qui propose une cuisine du monde les soirs de représentation. Plutôt que de manger un sandwich à l’entracte, des lunch box cuisinées sont proposés. En dehors de ces soirs, sont cuisinés chaque midi en semaine des plats mettant à l’honneur les gastronomies pakistanaises et maghrébines. J’aime beaucoup le thali pakistanais, un assortiment de petits plats : des légumes cuisinés, du riz, de lentilles, de salades et de différentes sauces. Le projet est né d’un collectif de femmes du quartier des Amandiers situé à deux pas du théâtre. »

La Gamelle des cheffes – 15, rue Malte Brun, 75020 Paris – 06 68 77 34 49 – Site internet – Lunch box plat-dessert 11 € (livraison incluse dans les 2km autour du théâtre, assurée par l’équipe)

God Bless Broccoli

« À l’origine de cette pizzeria, il y a Giuseppe, un Italien originaire de Calabre. Son légume préféré est sans aucun doute le brocoli, qu’il orthographie à l’italienne (broccoli). Ce légume est donc à l’honneur dans sa calzone “Broccoli Fa Sol La Si”, qu’il considère comme la meilleure du monde et la spécialité della casa, bien sûr. A ses yeux, le brocoli est le légume italien par excellence, dont l’orthographe change peu d’une langue à une autre, comme le mot pizza. Giuseppe accorde un soin particulier aux choix de ses produits, par exemple ses farines sont artisanales et biologiques. Dans son petit local, il y a seulement quelques tables, dont deux en terrasse. On y vient pour la pâte fine des pizzas du patron et pour ses créations végétariennes et mêmes vegans. Puis pour son humour que l’on ressent déjà à la lecture des intitulés des pizzas : “Vivaldi was a Rolling Stone” ou “Artichauts must go”. Une pizzeria anticonformiste qui se distingue des autres. »

God Bless Broccoli – 54, rue Piat, 75020 Paris – 01 73 75 43 92 – Site internet – Pizza 7,50 € – 18 €

Sommelière et barmaid de formation, Manon a ajouté un master en culture de la gastronomie et du vin (de l'université d'Angers) à son CV. Quand elle ne prépare pas un boeuf-carottes que lui a appris sa grand-mère Marie-Rose, elle parle nourriture sur son compte Instagram @parlons_bouffe.