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Les 7 commandements des photos pro au restaurant

Vous êtes de ceux qui commencent à dévorer avec les yeux ? Découvrez les conseils de professionnels pour réaliser des clichés réussis, simplement avec son téléphone, sans dégainer un appareil pro. En sept clics !

Lors d’une soirée organisée par Apple France au restaurant parisien Fief (1 étoile au Guide Michelin) du chef et ex-candidat de Top Chef Victor Mercier, j’ai pu expérimenter la photographie culinaire, armée d’un iPhone 13 Pro, prêté par la marque. Cette master class était animée par le photographe spécialiste de la gastronomie Philippe Martineau. Heureusement ou pas, c’est un fait, la photographie au restaurant est de plus en plus populaire et sortir son téléphone le temps d’une photo devient pratique courante – au grand dam de certains chefs qui redoutent que l’attention du client ne soit détournée de son plat.

Certains restaurants nous mettent au défi, les mets sont photogéniques à souhait, mais la lumière est tellement tamisée qu’à l’arrivée, l’image n’est pas digne du plat. Puis, il y a ces établissements où la salle de restaurant semble s’être transformée en studio photo le temps d’un repas, le spot de lumière éclaire parfaitement l’assiette, la couleur de la table fait un fond idéal, la vaisselle met en valeur le plat, les accessoires de table habillent le décor et surtout, la becquetance est aussi bonne que belle. Le restaurant Fief du jeune chef Victor Mercier compte parmi ceux-là.

Je dois l’avouer, je suis toujours un peu gênée de faire des photographies au restaurant : l’impression que tout le monde me regarde du coin de l’œil, s’amusant de mes shootings d’instagrameuse. D’habitude, je dégaine mon téléphone et capture à la hâte le plat, avant de le déguster. Mais grâce à ce cours magitral avec l’expert Philippe Martineau et aux précieux conseils de professionnels, fini les photos prises à la volée. La photographe Agathe Hernandez (aussi chroniqueuse pour Le Fooding), la photographe et formatrice Justine Taulin (plus connue sous le nom @pastryandtravel sur Instagram), le photographe Ilya Kagan et Claudia Concha, fondatrice des food-tours No Diet Club (photographe culinaire à ses heures perdues) ont accepté de me livrer leurs secrets pour immortaliser avec classe les plaisirs de table avec un téléphone.

1 – Pour réaliser une photo, jamais tu ne te précipiteras

La photographe Justine Taulin préfère repérer les lieux avant d’y réaliser des photos, en se rendant au restaurant juste pour y manger ou en vérifiant en ligne, les endroits les mieux exposés à la lumière. Comme le dit Claudia Concha : « Il faut prendre le temps et ne pas avoir peur de manger froid la plupart du temps ».

En amont de la capture des plats de restaurants, le photographe Philippe Martineau nous glisse ses tips :

  • Nettoyez le ou les objectif(s) du téléphone avec un chiffon microfibre ;
  • Activez le mode HDR (plage dynamique étendue) : dans « Réglages », puis « Appareil photo », sélectionnez « Smart HDR » ou « HDR auto » (cela dépend du modèle de l’iPhone). Ce mode permet de capturer des images de grande qualité (sur iPhone 13 et 13 Pro, le mode HDR n’est plus une option, il est intégré) ;
  • Activez la grille de capture sur l’iPhone : dans « Réglages », puis application « Appareil photo », sélectionnez « Grille » afin d’améliorer le cadrage (pour plus de précisions, voir ci-après notre point 4 – Une grande attention à ton cadrage tu porteras) ;
  • Augmentez la luminosité de l’écran du téléphone au maximum pour voir tous les détails de l’image ;
  • Tenez le téléphone d’une seule main et avec l’autre main, réglez la mise au point (pour rendre nette l’image) sur l’écran en touchant l’endroit que vous souhaitez mettre en avant sur la photo. Il est possible de verrouiller la mise au point en maintenant le doigt enfoncé sur l’écran. On voit alors apparaître « Verrouillage AE/AF » . Pour débloquer cette mise au point, le principe est le même.

Pour régler la luminosité avant de prendre la photo, le photographe Ilya Kagan confie une astuce : « Lorsqu’on touche l’écran, un carré jaune apparaît, si on glisse son doigt vers le haut, on augmente la luminosité, si on le glisse vers le bas, on la baisse. »

2 – Le décor, tu soigneras

Côté préparatifs, le spécialiste Philippe Martineau conseille de mettre en scène un peu la table en écartant du cadre ce qui nous gêne. Est-ce que l’on veut vraiment mettre en avant les accessoires de table dans le champ, est-ce que cela apporte quelque chose en plus à la photo ? À vous de le déterminer.

Agathe Hernandez, quant à elle, attache beaucoup d’importance aux arts de la table : « Certains restaurants me mettent en joie avant même que j’ai commencé à manger. Une jolie vaisselle, une nappe fleurie ou à carreau m’évoquent tout un tas de souvenirs d’enfance. Je n’aime pas trop les nappes blanches. » Celle qui raffole « des grandes tablées un peu bordéliques, avec des verres à moitié pleins, des taches sur la nappe » a plusieurs techniques d’expertes pour atténuer les décors trop guindés :

  • Commencez à manger votre plat et photographiez-le ainsi entamé. Cela rend la photo plus vivante, moins figée ;
  • Laisser traîner les couverts, un bout de serviette ;
  • Demandez à shooter vos plats posés sur une chaise ou sur le trottoir (lorsqu’on connaît les restaurateurs ou que vous sentez que cela est faisable) ;
  • Utilisez un scooter ou une voiture garée dans la rue comme fond photo (elle aime y poser et shooter sa pizza de La Bonne Mère à Marseille).

Le photographe Ilya Kagan, lui, rend ses photos vivantes en faisant intervenir dans le cadre des mains armées de couverts, versant une sauce ou soulevant une cloche.

Justine Taulin apprécie de manger sur une table attenante à la vitrine du restaurant « Je peux capturer le plat sur le côté, avec la vitre en arrière plan, floutée. Ainsi on voit un peu l’extérieur du restaurant mais pas trop, la profondeur de champ est intéressante. Puis, la lumière entre par la vitre, il y a un contraste entre la lumière extérieure et l’ombre du restaurant. »

Céleri en pot-au-feu, pesto estragon, bouillon céleri estragon, premières fraises – Focaccia – Cocktail sans alcool du mixologue Julien Achille : vinaigre d’estragon, jus de poire, estragon, rose.

3 – La meilleure lumière, tu trouveras

Comme le souligne l’expert en photo culinaire Philippe Martineau : « Photographier signifie écrire avec la lumière. » Tout est dit, la lumière doit donc être le moteur des photos, comme l’ont précisé tous les professionnels interviewés :

  • Préférez le restaurant à l’heure du déjeuner. Claudia Concha se rend plutôt au restaurant le midi et reste en terrasse, hiver comme été, pour avoir une belle luminosité ;
  • Privilégiez les photos lorsque « le soleil est couvert par les nuages (ou par un rideau blanc), la lumière est plus douce, plus diffuse. Lorsqu’il y a du soleil, les ombres sont très marquées, les plats ressortent moins bien sur la photo », indique la photographe Justine Taulin ;
  • Réservez une table près de la fenêtre afin de profiter de la lumière naturelle ;
  • Pour le dîner, trouvez la table la mieux éclairée ou décalez légèrement l’assiette pour qu’elle soit mieux exposée ;
  • Essayez d’être sous une lumière blanche, plutôt douce et diffuse « afin d’éviter les ombres marqués sur les photos », précise Justine Taulin ;
  • Pour capter la meilleure luminosité, n’hésitez pas à bouger, ou à déplacer assiettes et objets, cela peut permettre de capter une lumière plus rasante, qui vient de côté. Car la lumière du dessus risque d’écraser le plat et de ne pas le mettre en perspective ;
  • Mangez au comptoir de la cuisine (là aussi, il y a souvent une meilleure luminosité) ;
  • Oubliez le flash (celui intégré au téléphone n’est pas flatteur pour la photographie culinaire).

4 – Une grande attention à ton cadrage tu porteras

Lorsque la grille de cadrage est activée sur le téléphone (voir 1 – Pour réaliser une photo, jamais tu ne te précipiteras), le photographe Ilya Kagan précise qu’on peut appliquer la « règle des tiers » en capturant seulement une partie de l’assiette : « On place le sujet au croisement de deux grilles, en bas à gauche par exemple, ainsi il y aura une belle profondeur de champ et le sujet sera mieux mis en valeur ». La règle des tiers peut aussi être appliqué une fois que la photo est prise, en la recadrant.

Pintade de la Sarthe de Pascal Cosnet, asperges blanches, lait de noix, jus de champignon fermentés, mélilot, pâte de noix noires. 

Le plan d’ensemble

Le plan d’ensemble (souvent pratiqué par les stylistes culinaires pour contextualiser une recette), consiste à prendre le sujet dans son environnement, avec un certain recul, cela permet de créer et transmettre une ambiance.

Une composition de vue d’ensemble de la fin du repas, avec les mignardises du restaurant Fief : tartelette au kiwi brûlé, roudoudou caramel aux algues, kiwi au sucre pimenté et le café made in France du chef Victor Mercier à l’orge, au sarrasin et à la chicorée.

Le plan moyen

Le plan moyen est un cadrage resserré sur le sujet principal (l’assiette ici), il minimise l’importance du décor. C’est un des cadrages les plus pratiqués en photographie culinaire au restaurant.

Barbu, sauce XO à partir de tentacules, seiche, petits pois, réduction herbacée des arêtes de poisson, basilic thaï du 16e arrondissement de Paris (ferme urbaine Champerché).

Le gros plan

Le gros plan, quant à lui, va se focaliser sur la matière du plat. Claudia Concha, en use tous les jours sur son compte Instagram, « C’est ce qui donne le plus envie, avoir l’impression d’avoir la tête dans le plat », confie-t-elle. Une astuce d’Agathe Hernandez, dingue de belle vaisselle : privilégier un gros plan sur le contenu de l’assiette, si celle-ci n’est pas à notre goût.

Pour réaliser des gros plans de qualité, il existe, sur l’iPhone 13 Pro, un zoom « 3x » sur l’appareil photo ou le mode « Macro ». On peut activer ce mode dans « Réglages » puis sur l’application « Appareil photo », en sélectionnant « Commande macro ». Si vous vous approchez du sujet, l’iPhone bascule automatiquement dans ce mode. À ce moment, une fleur jaune s’affiche en bas à gauche de l’écran. Cette fleur permet aussi de désactiver le mode « Macro ».

Par ailleurs, Philippe Martineau conseille de ne pas trop jouer avec le zoom lorsque les conditions de lumière sont faibles.

Mystère aux champignons, noisettes et « café ».

5 – Ton angle, tu choisiras

  • Vérifiez que l’ombre du téléphone ne traîne pas dans le champ ;
  • Prenez le temps de trouver le bon angle en fonction de la luminosité et du sujet à photographier. Si c’est une assiette plate, creuse ou un bol, cela déterminera les angles de prise de vue à privilégier ;
  • Comme pour capter la lumière, n’hésitez pas à vous déplacer, à bouger l’assiette et les objets autour pour trouver l’angle le plus satisfaisant.

L’inclinaison entre 25° et 45°

Celle que vous voyez le plus communément lorsque vous êtes assis à table, c’est aussi la plus naturelle des vues. En pratique, vous êtes face à la scène, un peu en hauteur et vous inclinez légèrement votre appareil photo vers le bas.

L’inclinaison à 75°

« Cet angle est idéal pour les photos de cocktails ou de verres de vin », renseigne Justine Taulin. Le téléphone est placé légèrement plus haut que pour l’angle précédent. Ainsi, on voit le dessus du verre et une partie du pied.

Le téléphone renversé dans l’assiette

Philippe Martineau propose, dans le cas d’une assiette plate, « d’essayer de renverser son téléphone, dans l’assiette, pour diriger les objectifs vers le bas. » Ainsi positionné, vous pouvez capter des images saisissantes, prises au ras de la table. Mais attention, plus vous serez proche de votre sujet, plus vous risquez de projeter votre ombre sur celui-ci.

Petits pois juste glacés, oignons nouveaux, estragon, chapelure raifort, émulsion verveine, menthe, cornichons et fleurs de roquette.

Top view

L’idée est de prendre de la hauteur et de se placer au-dessus de la scène, parallèlement à elle. Cet angle permet d’obtenir un plan d’ensemble (évoqué plus haut), idéal quand on veut capturer un ensemble d’assiettes sur une table, par exemple.

Ilya Kagan indique comment réaliser un angle top view parfaitement parallèle à la scène, avec un iPhone: « Il y a deux petites croix qui s’affichent au milieu de l’écran, si elles se superposent, le téléphone est bien positionné à 90° ».

Lors de la masterclass photographie chez Fief, je me suis surprise à monter sur les barreaux de ma chaise haute pour pouvoir capturer certaines scènes – et je n’étais pas la seule ! Une rare occasion où j’ai mitraillé un plat sans retenue, sinon jamais je n’aurais osé. Claudia Concha, évoque un souvenir amusant à Londres : « J’ai vu des influenceurs se mettre debout sur une table pour prendre le nouveau burger de Shake Shack en photo, je suis partie. »

Face à face

Si vous êtes en tête à tête avec un hamburger aux strates impressionnantes, la photographie frontale est idéale, mais mieux vaut que l’arrière plan soit soigné.

6 – Avec la profondeur, tu joueras

La profondeur est l’étendue de la zone de netteté sur la photo. Cette technique permet de mettre en valeur un plat en le faisant ressortir sur la photo grâce à un flou plus ou moins prononcé en arrière plan. Philippe Martineau précise : « plus vous serez proche du sujet, moins vous aurez de profondeur de champ. » Une méthode également utile pour brouiller l’environnement peu esthétique d’une assiette.

Pour créer de la profondeur sur une photo avec l’iPhone, Ilya Kagan conseille le mode « Portrait » (sur l’application Appareil photo, en bas de l’écran) « pour créer de la profondeur et rendre le sujet plus séduisant à l’œil. » Sur certains iPhone, lorsque ce mode est activé, un petit f (distance focale) apparaît en haut à droite (il est actif quand il est jaune). Ainsi, on peut régler l’ouverture du champ de 1,4 (très flou en arrière plan) à 16 (peu de flou en arrière plan).

Betterave cuite sous terre (avec l’ustensile japonais kakugama), chantilly d’esturgeon fumé et caviar moche

7 – Des retouches, tu ne feras pas (ou très peu)

Claudia Concha est pour faire des retouches avec parcimonie :« Sans en faire trop, on peut améliorer une photo sans la dénaturer. » Agathe Hernandez va dans ce sens: « La retouche vient juste sublimer, finaliser la photo. » En application gratuite, elle utilise VSCO. Elle fait ses retouches à l’œil en ajoutant surtout de la luminosité et du contraste. Mais son premier conseil reste : « Essayez de shooter là où il y a le plus de lumière. »

Justine Taulin utilise l’application Lightroom (il existe une version gratuite) et partage ses astuces :

  • Évitez de régler l’exposition et favorisez la réduction des ombres (en déplaçant le curseur vers la droite) afin de les rendre moins foncées. Puis baissez les noirs (curseur vers la gauche) pour redonner à la photo le contraste perdu par la modification des ombres. La photo va gagner en lumière, mais elle sera quand même contrastée ;
  • Évitez de régler la saturation et préférez la vibrance. Elle permet d’ajouter les couleurs dont la photo a besoin. Les couleurs fades vont être ravivées, tandis que les couleurs déjà vives resteront intactes.

Ilya Kagan, lui, fait ses retouches photo, directement sur ton téléphone, voici quelques conseils :

  • Réduisez le bruit quand la luminosité est basse en cliquant sur « Modifier » en haut à droite de la photo, puis « Réduction du bruit » dans les réglages (en déplaçant le curseur vers la droite) ;
  • Jouez sur la sous-exposition pour donner un côté plus « dramatique » à la photo, toujours dans « Modifier », puis « Exposition » (en déplaçant le curseur vers la gauche) ;
  • Lorsque le sujet est au centre de la photo, augmenter le « vignettage » en déplaçant le curseur vers la droite (effet obtenu avec les appareils photos argentiques), ainsi l’œil se pose naturellement sur le sujet.

Fief, Le Comptoir d’hôtes – 44, rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris – 01 47 00 03 22 – Site internet

Réserver
Sommelière et barmaid de formation, Manon a ajouté un master en culture de la gastronomie et du vin (de l'université d'Angers) à son CV. Quand elle ne prépare pas un boeuf-carottes que lui a appris sa grand-mère Marie-Rose, elle parle nourriture sur son compte Instagram @parlons_bouffe.